Au forum national sur la sécurisation du cyberespace, l’ANTIC a détaillé une attaque par rançongiciel survenue en mars 2026 contre un organisme public. Le point d’entrée : un serveur Windows jamais mis à jour, accessible depuis Internet. Ce cas, rare par sa précision, rappelle que les incidents les plus coûteux démarrent souvent par les failles les plus banales.
Un forum, des chiffres, un cas concret
Le 30 septembre 2026, Cameroon Tribune a rendu compte d’un forum national consacré à la sécurisation du cyberespace, tenu à Yaoundé et co-organisé par l’ambassade de Russie et l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC). Les représentants de l’ANTIC y ont présenté un état des lieux chiffré :
- 21 280 machines compromises ;
- 39 attaques contre des sites publics ;
- 5 369 vulnérabilités identifiées sur 150 sites analysés depuis janvier 2026.
Ces chiffres sont ceux de l’ANTIC telle que rapportée par la presse. L’Observatoire ne les a pas recoupés avec le rapport source : ils sont à lire comme des ordres de grandeur institutionnels, pas comme une mesure exhaustive de la cybercriminalité au Cameroun.
Anatomie d’une attaque : mars 2026
Le cas détaillé par l’ANTIC concerne un organisme public qui s’appuie sur deux hébergeurs. L’enchaînement présenté est classique, et c’est ce qui le rend instructif :
- L’entrée. Un serveur Windows, non mis à jour, exposé sur Internet, est compromis.
- L’installation. Les attaquants récupèrent des identifiants sur la machine.
- L’extension. Ils élèvent leurs privilèges pour circuler dans le système.
- L’aveuglement. Ils désactivent les protections antivirus.
- Le chiffrement. Ils chiffrent les systèmes.
Les conséquences, telles que rapportées : environ la moitié du système d’information à l’arrêt, la messagerie coupée pendant près d’un mois et le site web hors service.
Un détail mérite attention. Lawrence Mingo, chef du traitement des incidents à l’ANTIC, a regretté que le redémarrage immédiat du système ait effacé des preuves présentes en mémoire vive. Autrement dit, le réflexe de « tout rallumer pour reprendre le travail » a compliqué l’enquête et la compréhension de l’attaque.
L’organisme n’est pas nommé, et l’Observatoire ne cherche pas à l’identifier : l’intérêt est dans la leçon, pas dans la désignation.
Ce que ce cas enseigne
Ce n’est pas une attaque sophistiquée. Il n’y est pas question d’une faille inconnue ni d’un groupe hors normes, mais d’un correctif non appliqué sur un serveur visible depuis Internet. Cela rejoint l’alerte que nous relayions le 29 septembre : le CIRT-CM a publié trois bulletins critiques en deux jours sur des équipements réseau et des accès distants, dont certains déjà exploités activement. Dans les deux cas, la ligne de défense la plus rentable reste la même.
Six vérifications à faire ce mois-ci
- Dresser l’inventaire des serveurs et équipements accessibles depuis Internet, y compris ceux chez un hébergeur ou laissés par un ancien prestataire.
- Appliquer les correctifs en attente, en commençant par les machines exposées.
- Fermer ou restreindre les interfaces d’administration accessibles publiquement (bureau à distance, panneaux de gestion).
- Activer l’authentification à plusieurs facteurs sur les accès distants et les comptes à privilèges.
- Sauvegarder hors ligne et tester la restauration : une sauvegarde jamais restaurée n’est pas une garantie.
- Préparer le réflexe incident : en cas de doute, isoler la machine du réseau, ne pas redémarrer, conserver les journaux et signaler au 8202, numéro vert de l’ANTIC.
Ce que nous ne savons pas
L’Observatoire n’a pas pu consulter le rapport source de l’ANTIC. Le nom de l’organisme, l’éventuelle rançon demandée et le groupe responsable ne sont pas publics à notre connaissance. Nous mettrons cette page à jour si des éléments vérifiables sont publiés.
Vous avez été touché par un incident ? Signalez-le à l’ANTIC (8202) ou écrivez-nous : mon@obs-cc.org.
Sources
- Cameroon Tribune — « Lutte contre la cybercriminalité : la riposte nationale s’organise » (S. Omboudou, 30/09/2026)
- Observatoire de Cybersécurité du Cameroun — Trois alertes critiques en une semaine : ce que le CIRT-CM demande de vérifier (29/09/2026)
Statut de vérification : forum, cas de mars 2026, citation de L. Mingo et chiffres 21 280 / 39 / 5 369 rapportés par Cameroon Tribune (une seule source de presse ; source primaire ANTIC non consultée).

