Fraude Mobile Money : pourquoi la sensibilisation ne suffira pas

Fraude Mobile Money au Cameroun : pourquoi la sensibilisation ne suffira pas — OBS-CC

Au Cameroun, la fraude Mobile Money passe très rarement par une faille informatique. Elle passe par une conversation. Les rares chiffres publics le confirment, et ils posent une question que les campagnes de prévention laissent de côté : peut-on demander au seul utilisateur de porter la sécurité du système ?

Ce que disent les chiffres disponibles

Fin septembre 2025, MTN Cameroun a communiqué à la presse les chiffres suivants pour l’année :

  • plus de 4 000 cas et tentatives de fraude avérés ;
  • 87 % relevant de l’ingénierie sociale et 12 % de la cyberfraude ;
  • moins de 5 % initiés par ses propres agents ;
  • 500 agents suspendus et plus de 2 000 comptes bloqués ;
  • environ 90 000 clients sensibilisés chaque mois.

Ces chiffres ne sont repris que par un seul média (fiche OBS-CC 11577). C’est à ce jour le seul cas connu de l’Observatoire où un opérateur camerounais publie spontanément ses données de fraude.

Côté ANTIC, Prosper Pagou a indiqué en septembre 2026 que 71 % des 17 500 plaintes de cybercriminalité reçues en 2025 relevaient du scamming ou du phishing. 10 % concernaient des comptes de messagerie piratés.

Les deux séries ne mesurent pas la même chose : des cas traités par un opérateur d’un côté, des plaintes reçues par un régulateur de l’autre. Elles convergent pourtant sur un point. La fraude dominante ne force aucune porte : elle se fait ouvrir.

Une fraude qui contourne la technique

Le code secret est le seul verrou entre le fraudeur et le compte. Or l’ingénierie sociale ne cherche pas à casser ce verrou : elle obtient que la victime l’ouvre elle-même. Elle peut prendre la forme d’un faux conseiller au téléphone, d’un SMS de « transfert par erreur » ou d’une « mise à jour » de compte. Début octobre, la presse locale a encore rapporté le cas de faux agents en chasuble, dans le Sud, promettant de convertir une SIM en « puce commerciale ».

Pour le système, ces opérations sont légitimes : bon code, bon téléphone, transaction autorisée. C’est ce qui les rend difficiles à détecter, puis à contester.

Les limites de la sensibilisation

La prévention est indispensable. Mais elle repose sur un pari fragile : que chaque utilisateur, à chaque sollicitation, reconnaisse une arnaque dont le scénario change sans cesse. Elle fait reposer l’essentiel de la charge sur la personne la moins outillée de la chaîne. Une sensibilisation à grande échelle n’a pas empêché plusieurs milliers de cas en une année chez un seul opérateur.

Ce que prévoit le cadre CEMAC

Le Mobile Money relève de la réglementation bancaire régionale. Le règlement n° 04/18/CEMAC/UMAC/COBAC du 21 décembre 2018 relatif aux services de paiement impose notamment :

  • des moyens d’opposition et le blocage d’un instrument perdu ou volé (art. 43) ;
  • un dispositif de réclamation permanent, accessible par plusieurs canaux, avec un engagement sur un délai de traitement (art. 44) ;
  • des solutions garantissant l’authenticité des transactions (art. 46).

Le règlement n° 01-20/CEMAC/UMAC/COBAC du 3 juillet 2020 sur la protection des consommateurs de services bancaires s’applique aussi aux établissements de paiement. Il prévoit services de réclamation et médiation.

Nous n’avons pas trouvé dans ces textes de règle précise sur la répartition des pertes lorsque la victime a elle-même validé l’opération sous la tromperie. C’est précisément le cas de l’ingénierie sociale, et c’est une zone grise.

Des leviers côté système

Plusieurs pays ont déplacé une partie de la charge vers les plateformes. L’Observatoire n’a trouvé aucune communication publique détaillant de tels dispositifs au Cameroun. S’ils existent, nous publierons volontiers les précisions des opérateurs. Pistes :

  1. Un délai de sécurité après un changement de SIM ou de code : plafonner les transferts pendant quelques heures, quand la reprise de compte est la plus probable.
  2. Une confirmation renforcée pour les opérations inhabituelles : montant, destinataire nouveau ou rafale de transferts.
  3. La publication périodique des chiffres de fraude par chaque opérateur, sur un format commun, pour mesurer l’évolution plutôt que de la deviner.
  4. Des délais de réclamation publiés et suivis, conformément à l’engagement prévu par l’article 44.
  5. Un canal de signalement commun aux opérateurs et à l’ANTIC, pour que le numéro d’un fraudeur repéré chez l’un soit connu de tous.

Ce que nous ne savons pas

Orange Cameroun n’a pas publié de chiffres comparables à ceux de MTN. Les chiffres MTN reposent sur une seule reprise de presse, et le montant des pertes qu’elle cite, incohérent avec le nombre de cas, n’est pas repris ici. Nous mettrons cet article à jour si des données vérifiables sont publiées.

En cas de fraude : contactez immédiatement votre opérateur pour bloquer le compte, puis signalez-la à l’ANTIC (numéro vert 8202). Témoignages et précisions : mon@obs-cc.org.

Sources

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