Trois Forums nationaux sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité se sont tenus au Cameroun entre 2020 et 2024. Ils ont produit des axes et des recommandations, mais aucun rapport d’exécution public. Ce registre reprend chaque recommandation, lui attache l’acte qui l’a fait avancer — ou l’absence d’acte — et fixe l’échéance à surveiller.
Les trois forums
Un rendez-vous biennal de fait, jamais institué par un texte. Chaque édition reprend le thème du cyberespace national ; aucune n’a ouvert sur le bilan de la précédente.
Au FNCC III, la statistique officielle mise en avant était encore celle de 2018-2019 — quatre ans après le premier forum, la même base de chiffres. C’est le symptôme central que ce registre documente : les engagements sont pris, leur exécution n’est pas mesurée.
Où en sont les 18 engagements
« Non documenté » ne signifie pas « non fait » : cela signifie qu’aucune trace publique n’a été trouvée. La distinction est maintenue parce qu’elle est elle-même une information sur la transparence du dispositif.
Axe A — Infrastructures et données de l'État
La loi n° 2024/017 du 23 décembre 2024 institue l'Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP) et ouvre une période transitoire de dix-huit mois. Les obligations, dont la notification des violations prévue à l'article 22, sont exigibles depuis le 23 juin 2026.
Le décret d'application prévu à l'article 53 n'est pas pris et l'APDP n'est pas installée. Les responsables de traitement sont tenus de notifier à une autorité qui n'existe pas encore matériellement.
Le data center Tier III de Zamengoué, opéré par CAMTEL, a été présenté en mai 2025 et décrit comme le plus grand d'Afrique centrale.
Aucun bilan public de migration effective des systèmes d'information de l'administration, ni indicateur de taux d'hébergement souverain. L'infrastructure existe, son usage n'est pas mesuré.
Deux ateliers d'examen du texte ont été conduits avec le Conseil de l'Europe dans le cadre du projet GLACY-e : un atelier virtuel les 21-22 mai 2024, puis un atelier à Yaoundé les 28-30 mai 2024.
Aucun texte nouveau promulgué. La loi de 2010 — cinq titres, 97 articles — demeure le droit applicable, avec ses lacunes sur les infractions apparues depuis.
Le domaine .cm est signé DNSSEC depuis avril 2025. L'ANTIC a annoncé en décembre 2025 viser 98 % de validation DNSSEC et une couverture RPKI complète à mi-2026.
Moins de 57 % des validations DNSSEC étaient effectivement appliquées par les fournisseurs d'accès en décembre 2025. L'échéance de mi-2026 est passée sans bilan publié.
Campagnes récurrentes du MINPOSTEL et de l'ANTIC, sessions en région, formations sectorielles. C'est la recommandation la plus systématiquement mise en oeuvre.
Aucun indicateur d'impact publié : ni taux de notoriété des obligations légales, ni évolution des signalements rapportée à l'effort consenti.
Axe B — Sécurisation des réseaux télécoms
Aucun texte spécifiquement consacré aux SIMBOX n'a été identifié. L'arsenal mobilisable reste indirect : réglementation de l'identification des abonnés et décret limitant le nombre de cartes SIM par abonné et interdisant la vente ambulante.
Un régime de sanction dédié, tel que recommandé.
Les obligations d'identification sont en vigueur et opposables. L'ART a infligé environ 6 milliards de FCFA de pénalités aux quatre opérateurs pour manquements, notamment d'identification.
Aucun taux public d'abonnés correctement identifiés. La sanction atteste du manquement, pas du redressement.
Aucun dispositif public de partage d'information entre opérateurs n'a été identifié.
Un cadre formalisé — protocole, cellule commune ou obligation réglementaire d'échange.
Axe C — Répression et défense du cyberespace
Aucun acte de création identifié. Les capacités d'investigation restent réparties entre l'ANTIC, la police judiciaire et la gendarmerie.
Une structure dédiée, dotée et identifiable.
Le CIRT national, opéré par l'ANTIC, assure veille et réception des signalements — il est antérieur aux forums. L'ANTIC a organisé un atelier de cinq jours avec FIRST à Yaoundé en mai 2025 et engagé une démarche d'adhésion à ce réseau.
La recommandation visait une unité distincte et renforcée. L'existant a été consolidé, pas refondé ; aucun acte n'établit l'unité recommandée.
Seules des actions de sensibilisation sont documentées : session au Tribunal criminel spécial en septembre 2021, formations de magistrats et d'officiers de police judiciaire par l'ANTIC.
Aucune juridiction ni chambre dédiée créée. En décembre 2025, le déficit d'expertise technique dans la chaîne judiciaire était encore présenté comme un frein par le ministère lui-même.
Aucun acte public de création identifié. Le domaine relève par nature d'une communication restreinte, ce qui limite la portée du constat.
Une confirmation officielle, dans un cadre où l'absence de source publique n'est pas probante.
Axe D — Capital humain et coopération
Aucune adhésion camerounaise au GFCE n'a été identifiée. En revanche, une démarche d'adhésion à FIRST a été engagée en mai 2025 — réseau différent, de finalité opérationnelle et non de renforcement de capacités.
L'adhésion recommandée, ou une explication de son abandon au profit d'un autre réseau.
Le Cameroun a adhéré à la Convention de Budapest par décret n° 2022/169 du 23 mai 2022 — antérieurement au forum — et coopère avec le Conseil de l'Europe via le projet GLACY-e.
Le Cameroun ne figure pas parmi les 21 pays africains signataires de la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité, signée à Hanoï les 25-26 octobre 2025 par 65 États.
Des initiatives isolées existent — colloques et formations d'établissement — mais aucune réforme de maquette pédagogique nationale n'a été identifiée.
Un acte d'intégration curriculaire à l'échelle du MINESUP.
Aucune démarche de création identifiée depuis la recommandation.
La profession reste sans cadre ordinal ni référentiel national de compétences opposable.
Coopérations ponctuelles attestées : atelier ANTIC-FIRST réunissant administrateurs publics et privés en mai 2025, ateliers GLACY-e avec le Conseil de l'Europe.
Un cadre pérenne — convention-cadre, programme pluriannuel ou structure de gouvernance partagée.
Axe E — Suivi des recommandations
Le FNCC II avait explicitement recommandé un groupe de travail coordonné par le ministère pour superviser la mise en oeuvre de l'ensemble des recommandations.
Aucun rapport d'exécution publié, aucune composition rendue publique. Le FNCC III n'a présenté aucun bilan chiffré des recommandations de 2022 — il a repris les statistiques de 2018-2019.

