FGI Cameroun 2026 : les recommandations existent, mais personne ne peut les lire

Visuel de l'Observatoire de Cybersécurité du Cameroun : sept axes de recommandations adoptés au FGI Cameroun 2026, lus en séance le 20 août et jamais publiés.

Observatoire de Cybersécurité du Cameroun — 28 août 2026

Le Forum sur la gouvernance de l’Internet au Cameroun s’est achevé le 20 août 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé. Huit jours plus tard, aucun média n’a rendu compte du contenu de ses travaux de clôture : les rares mentions parues depuis reprennent l’intervention d’un participant à la table ronde sans jamais restituer les conclusions.

Le ministère organisateur, lui, a publié. Le 21 août, il a mis en ligne un compte rendu du forum — en anglais uniquement, dans sa rubrique Actualités — qui énumère les recommandations « centrées autour de sept domaines majeurs ». Sept intitulés, en une seule phrase. C’est, à ce jour, tout ce que l’administration a rendu accessible par écrit.

Or ces sept axes recouvrent plusieurs dizaines de mesures précises, lues publiquement pendant vingt-six minutes devant la ministre des Postes et Télécommunications lors de la cérémonie de clôture, et diffusées en direct. Le contenu réel des recommandations existe donc. Il est public au sens strict. Il n’est écrit nulle part.

Une captation de trois heures et demie, jamais indexée

Le ministère des Postes et Télécommunications a diffusé l’intégralité du forum en direct sur sa page Facebook : neuf captations, près de quatorze heures de vidéo. La plus longue, mise en ligne le 20 août à 11 h 56 (heure de Yaoundé) et longue de 3 h 32, couvre la table ronde nationale des parties prenantes puis la cérémonie de clôture.

Ces vidéos ne sont annoncées nulle part sur minpostel.gov.cm, dont le compte rendu du 21 août n’y renvoie pas. Elles ne remontent pas dans les moteurs de recherche sur les requêtes évidentes. Elles ne sont accompagnées d’aucune minute, d’aucun sommaire, d’aucun horodatage.

L’Observatoire a récupéré cette captation et l’a transcrite intégralement. C’est de cette transcription que proviennent les éléments qui suivent.

Un rapport général en sept axes

À 2 h 44 min 38 s de la captation, un rapporteur entame devant la ministre la lecture du rapport général des travaux. À 2 h 46 min 08 s, il annonce que « les principales recommandations peuvent être regroupées autour des sept axes majeurs suivants ». La lecture se poursuit sans interruption jusqu’à 3 h 12 min 03 s.

Axe 1 — Cadre stratégique national de gouvernance de la donnée (2 h 46)

Élaborer et adopter un cadre national unifié de gouvernance de la donnée, couvrant production, collecte, stockage, circulation, partage, accès, exploitation et protection, au niveau central comme dans les collectivités territoriales décentralisées. Accélérer la publication des textes d’application de la législation sur la protection des données à caractère personnel et rendre pleinement opérationnel le dispositif institutionnel chargé de sa mise en œuvre. Créer ou désigner une entité de pilotage transversal de la transformation digitale de l’État, afin d’éviter les chevauchements institutionnels et la dispersion des investissements. Établir des référentiels nationaux communs d’architecture, d’interopérabilité, de sécurité et de gestion des données.

Axe 2 — La donnée comme socle de services publics interopérables (2 h 49)

Consacrer l’interopérabilité dès la conception de tout nouveau système d’information ou service public numérique. Élaborer une architecture nationale d’interopérabilité fondée sur des standards ouverts. Adosser cette architecture à des identifiants pivot, notamment le registre de l’état civil numérisé porté par le BUNEC, avec pour perspective un identifiant numérique unique attribué dès la naissance. Mettre en cohérence identité civile et numéro mobile. Appliquer le principe once only, selon lequel une donnée déjà communiquée à une administration ne devrait plus être redemandée à l’usager. Examiner l’adoption de l’approche GovStack de l’Union internationale des télécommunications.

Axe 3 — Infrastructures, cybersécurité et résilience du cyberespace (2 h 53)

Intégrer sécurité et protection des données dès la conception. Dresser une cartographie nationale des infrastructures numériques publiques existantes et privilégier leur mutualisation avant tout investissement nouveau. Définir un cadre pour l’hébergement, la localisation et le transfert transfrontalier des données sensibles — régaliennes, financières et de santé. Promouvoir l’hébergement souverain pour les données critiques de l’État. Renforcer prévention, détection, alerte et réponse aux incidents, avec des exercices réguliers de simulation de cyberattaque. Sécuriser les plateformes participant aux mécanismes d’interopérabilité, afin d’éviter que l’ouverture des systèmes n’entraîne une augmentation non maîtrisée des surfaces d’attaque. Lutter contre l’utilisation de logiciels piratés. Renforcer les points d’échange Internet et l’interconnexion locale. Renforcer la coopération régionale et internationale de lutte contre la cybercriminalité.

Axe 4 — Inclusion numérique et financière, accessibilité, coût des services (2 h 58)

Adopter une approche multidimensionnelle de la fracture numérique, prenant en compte couverture, accès effectif, abordabilité, qualité, compétences et usages. Réactiver et renforcer le Fonds spécial des télécommunications au titre du service universel. Transformer les télécentres communautaires en points territoriaux d’inclusion numérique. Imposer l’accessibilité universelle dès la conception, y compris dans les cahiers des charges et les marchés publics, pour les personnes vivant avec un handicap. Réduire les barrières tarifaires aux transactions interopérables. Accélérer l’interopérabilité financière entre microfinance, banques et opérateurs de mobile money.

Axe 5 — Gouvernance responsable et souveraine de l’intelligence artificielle (3 h 02)

Adopter et mettre en œuvre la stratégie nationale de développement de l’intelligence artificielle. Instaurer un cadre de gouvernance fondé sur une approche proportionnée aux risques, promouvant transparence, non-discrimination, protection de la vie privée et supervision humaine. Mettre en place des mécanismes d’expérimentation, d’audit et le cas échéant de certification, notamment un bac à sable réglementaire assorti d’un périmètre et d’une durée définis. Développer des modèles adaptés aux réalités linguistiques du pays.

Axe 6 — Jeunes et femmes dans la citoyenneté numérique (3 h 05)

Le rapport confirme la tenue des sessions FGI Jeunes et FGI Femmes, dont les travaux étaient, selon ses termes, « expressément intégrés dans l’architecture du forum » — première trace publique de leur existence et de leur contenu. Cet axe est le seul des sept que le rapport introduit par le verbe « suggérer » et non « recommander » ou « préconiser » : une nuance de registre qui mérite d’être relevée s’agissant des jeunes et des femmes. Il a ainsi été suggéré d’accroître la participation effective des jeunes et des femmes aux mécanismes de décision ; renforcer l’éducation à la citoyenneté numérique et la sensibilisation à la protection des données ; renforcer la prévention et la lutte contre les violences, le harcèlement, les abus et autres préjudices en ligne ; renforcer le financement des start-up portées par des jeunes. Dernier point, révélateur : formaliser les recommandations issues du FGI Jeunes et du FGI Femmes et les intégrer au mécanisme national de suivi. Au 20 août, elles n’étaient donc pas encore écrites.

Axe 7 — Feuille de route nationale (3 h 07)

C’est l’axe qui conditionne tous les autres. Élaborer une feuille de route nationale opérationnelle pour la gouvernance inclusive des infrastructures publiques numériques. Décliner chaque recommandation retenue en actions et projets précis, avec pour chacun un chef de file, un calendrier, des indicateurs de performance, une estimation des ressources et le cas échéant un mécanisme de financement. Mettre en place un tableau de bord national de l’inclusion numérique et une cartographie territorialisée des fractures numériques. Créer un observatoire national du numérique chargé de la collecte et de la diffusion régulière des indicateurs. Instituer, sous la coordination du MINPOSTEL et avec l’appui du Groupe consultatif multipartite, un mécanisme multipartite permanent de suivi.

Ce que le compte rendu officiel ne dit pas

Le communiqué mis en ligne par le MINPOSTEL le 21 août 2026 mérite d’être lu attentivement, car il illustre l’écart entre rendre compte et rendre accessible.

Long d’environ cinq mille signes, il rappelle le thème, cite les ministres présents, reproduit deux formules de la ministre — « quand nous opérons en rangs dispersés, nous nous exposons aux cyberattaques » — et consacre une phrase unique aux conclusions, énumérant les sept domaines. Cette énumération correspond exactement aux sept axes lus en séance : le compte rendu officiel confirme donc la restitution ci-dessus, ce qui en constitue une vérification croisée utile.

Mais il s’arrête là. Aucune des mesures n’y figure. Rien sur les textes d’application de la loi sur les données personnelles, rien sur l’identifiant unique attribué dès la naissance, rien sur la réactivation du Fonds spécial des télécommunications, rien sur le bac à sable réglementaire pour l’intelligence artificielle, rien sur les surfaces d’attaque induites par l’interopérabilité. Le lecteur apprend qu’il existe sept axes ; il ne peut pas savoir ce qu’ils contiennent.

S’ajoute une barrière de langue : ce compte rendu n’existe qu’en anglais, dans un pays où le français est la langue de la majorité des administrations concernées et de la presse qui aurait pu le relayer.

Il n’existe par ailleurs aucun document de référence publié : ni actes du forum, ni texte des recommandations, ni déclaration de Yaoundé, ni feuille de route. Le seul support qui restitue les travaux dans leur détail est une vidéo de trois heures et demie, non indexée et non annoncée.

Et rien n’est définitif. Dans son allocution de clôture, à 3 h 23, la ministre des Postes et Télécommunications indique que des diligences seront engagées en vue de la consolidation du rapport général et de la proposition de feuille de route — le texte lu en séance est donc un document de travail. Elle ajoute que l’ensemble de ces documents sera soumis à la haute appréciation du Premier ministre, qui donnera les orientations nécessaires quant aux suites à réserver aux conclusions. Aucune échéance n’est indiquée. Aucune publication n’est annoncée.

Le sort de ces recommandations dépend donc d’arbitrages internes à venir, sans qu’aucun engagement de mise à disposition du public n’ait été pris.

Aucun opérateur n’est désigné

Sur les 3 h 32 de captation, le rapport général ne mentionne nommément aucun opérateur comme porteur d’une recommandation. Sur la question des infrastructures, il se borne à recommander de capitaliser les infrastructures nationales existantes — agrégation, commutation, transport, hébergement, échange — « notamment celles disponibles auprès des opérateurs publics ». La formule est générique et au pluriel : aucune mission n’est attribuée, aucune entreprise n’est nommée.

Plus largement, aucune des sept séries de recommandations n’identifie de chef de file. C’est précisément ce que l’axe 7 renvoie à la feuille de route à venir : la désignation, pour chaque action, d’un responsable, d’un calendrier et de ressources. En l’état, aucune recommandation du FGI 2026 n’a de porteur identifié.

Note de méthode

Les éléments présentés proviennent de la captation vidéo publiée par le ministère des Postes et Télécommunications le 20 août 2026 sur sa page Facebook officielle (durée 3 h 32). L’Observatoire en a réalisé une transcription automatique complète, dont les horodatages sont indiqués entre parenthèses pour permettre à tout lecteur de vérifier chaque élément à la source.

Les recommandations sont restituées de manière fidèle au sens plutôt que mot à mot : la transcription automatique ayant déformé plusieurs sigles et termes techniques, l’Observatoire a systématiquement préféré la reformulation à la citation lorsqu’une formulation présentait la moindre ambiguïté. Les passages placés entre guillemets ont été contrôlés un à un à l’écoute de l’enregistrement. Chaque horodatage permet à quiconque de retourner à la source et de contrôler la restitution.

Cet article ne se substitue pas au rapport général officiel, qui n’est pas public à la date de publication — et qui n’est d’ailleurs pas encore consolidé, selon les termes mêmes de la ministre. L’Observatoire sollicite auprès du ministère des Postes et Télécommunications le rapport général consolidé, les recommandations formalisées des sessions FGI Jeunes et FGI Femmes, ainsi qu’une version française du compte rendu du 21 août. Cette demande lui est adressée par voie postale, l’unique adresse électronique publiée sur son site n’ayant pu recevoir de message. Toute réponse, comme toute mise à disposition ultérieure de ces documents, donnera lieu à une actualisation du présent article.

Sources

  • Ministère des Postes et Télécommunications du Cameroun, « Cameroon Internet Governance Forum 2026 — Stakeholders chart a roadmap for an inclusive, interoperable and sovereign digital Cameroon », compte rendu officiel publié le 21 août 2026, signé Esther Sillo Ngando — minpostel.gov.cm
  • Ministère des Postes et Télécommunications du Cameroun, captation en direct du 20 août 2026, jour 3 du FGI Cameroun 2026 (table ronde nationale et cérémonie de clôture), 3 h 32 — facebook.com/MinpostelCameroun
  • Digital Business Africa, « Cameroun : le gouvernement veut mettre fin aux plateformes numériques en silos et bâtir un écosystème public interopérable », 20 août 2026
  • Digital Business Africa, « François Joseph Nemete Beyeme : le FGI Cameroun doit être un cadre permanent de concertation », 25 août 2026
  • TechAfrica News, « CAMTEL Pledges Support for Interoperable Digital Infrastructure in Cameroon », 26 août 2026
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