5 369 vulnérabilités sur 150 sites : comment lire le chiffre de l’ANTIC

5 369 vulnérabilités sur 150 sites : comment lire le chiffre de l’ANTIC — OBS-CC

Lors du forum de Yaoundé, l’ANTIC a indiqué avoir identifié 5 369 vulnérabilités sur 150 sites web scannés depuis janvier 2026. Un chiffre frappant, mais facile à mal lire. Voici comment l’interpréter sans l’exagérer, et ce qu’un responsable de site peut vérifier dès cette semaine.

Ce que l’ANTIC a annoncé

Selon Cameroon Tribune (30/09/2026), l’ANTIC a présenté lors d’un forum national sur la sécurisation du cyberespace 5 369 vulnérabilités identifiées sur 150 sites web publics et privés scannés depuis janvier 2026. Nous avions relevé ce chiffre dans notre article du 6 octobre ; ce texte propose une lecture, pas une nouveauté. Ce sont des chiffres rapportés par la presse : l’Observatoire n’a pas pu consulter le rapport source.

Un calcul simple donne environ 36 vulnérabilités par site (5 369 ÷ 150). Mais c’est une moyenne, et elle cache probablement de fortes inégalités : quelques sites très exposés peuvent concentrer l’essentiel des failles.

Ce que le chiffre ne dit pas

  • Il ne dit pas combien de sites ont été piratés. Une vulnérabilité est une faiblesse possible, pas une intrusion.
  • Il ne dit pas leur gravité. Une version de logiciel obsolète et une faille permettant de prendre le contrôle du serveur comptent pour « une » vulnérabilité chacune.
  • Il ne dit pas comment on a compté. Un même défaut présent sur dix pages est-il compté une ou dix fois ? Le texte rapporté ne le précise pas.
  • Il ne dit pas quels sites. L’échantillon de 150 n’est pas présenté comme représentatif des sites camerounais.

Gravité et exploitabilité : deux questions différentes

Un scan produit une liste. Pour décider quoi corriger d’abord, il faut deux informations : la gravité théorique (le score CVSS) et le fait que la faille soit déjà exploitée par des attaquants (le catalogue KEV de la CISA, présenté dans notre guide du 27 octobre). Une faille moyenne mais exploitée activement et exposée à Internet passe avant une faille grave mais inaccessible de l’extérieur.

Pourquoi il ne faut pas comparer avec les chiffres d’autres années

Des chiffres ANTIC plus anciens circulent : près de 68 000 vulnérabilités dans les systèmes d’information des administrations publiques (rapporté par OSIRIS, 16/10/2020), ou 27 052 vulnérabilités détectées en 2021 dans des structures publiques et privées (rapporté par StopBlaBlaCam). Ces totaux ne se comparent pas : périmètres, outils et méthodes de comptage ne sont pas décrits. Conclure que la situation « s’améliore » ou « se dégrade » à partir d’eux serait injustifié.

Ce que l’on peut faire dès cette semaine

  1. Faire l’inventaire de vos sites et applications, y compris les anciens sites oubliés.
  2. Mettre à jour le système de gestion de contenu (CMS), les extensions et le thème.
  3. Supprimer ce qui ne sert plus : extensions inactives, comptes anciens, sites de test.
  4. Protéger les accès d’administration : mots de passe longs et uniques, double authentification.
  5. Vérifier les sauvegardes et tester une restauration.
  6. Signaler un comportement suspect à l’ANTIC : numéro vert 8202.

Ce que nous ne savons pas

L’Observatoire ne connaît ni la liste des 150 sites, ni la méthode de scan, ni la répartition par gravité. Aucune donnée publique ne permet de dire combien de ces vulnérabilités ont été corrigées depuis. Nous mettrons cette page à jour si l’ANTIC publie son rapport.

Un incident à signaler ? Écrivez-nous : mon@obs-cc.org.

Sources

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