Le Gabon a testé sa cyberdéfense nationale. Où en est le Cameroun ?

Le 11 septembre 2026, l’agence gabonaise du numérique a soumis plusieurs administrations à une simulation d’attaque informatique grandeur nature, avec l’appui technique des Américains de MITRE. Une démarche de préparation testée — que rien, dans les sources publiques, n’indique avoir d’équivalent côté camerounais.

Ce qui s’est passé à Libreville

Le 11 septembre 2026, au siège de l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF), plusieurs équipes issues d’administrations gabonaises ont été mises face à un scénario d’attaque informatique simulée. L’exercice, confirmé par au moins cinq médias distincts entre le 11 et le 14 septembre, demandait aux participants d’« analyser la menace, activer leurs procédures de réaction et coordonner leurs actions » en temps réel.

L’opération s’inscrit dans un partenariat plus large entre l’ANINF, dirigée par Alberto Mounguengui Moudoki, et la MITRE Corporation, société américaine à but non lucratif qui conseille les gouvernements en cybersécurité et gère notamment le référentiel ATT&CK des techniques d’attaque. Un atelier de formation avait précédé l’exercice quelques jours plus tôt.

Pourquoi un exercice compte plus qu’une déclaration d’intention

La distinction est simple, et c’est elle qui donne son intérêt à l’épisode gabonais : une politique de cybersécurité qui existe sur le papier ne dit rien de ce qui se passe le jour où une attaque survient réellement. Un exercice de simulation, lui, met à l’épreuve une chaîne concrète — détection, remontée d’alerte, décision, coordination entre administrations — et révèle ses points de rupture avant qu’un incident réel ne le fasse à un coût bien supérieur.

C’est une pratique standard dans les pays dotés d’une cyberdéfense mature (exercices « Locked Shields » de l’OTAN, exercices sectoriels dans l’Union européenne), mais elle reste rare en Afrique centrale, où la plupart des communications institutionnelles portent sur des équipements acquis ou des textes votés plutôt que sur des capacités testées.

Et le Cameroun ?

Le Cameroun dispose, depuis 2012, d’un CIRT (Computer Incident Response Team) logé au sein de l’ANTIC, avec un mandat fixé par la loi n° 2010/012 et le décret n° 2019/150 : veille, réponse aux incidents, assistance aux victimes, sensibilisation, normalisation, et coopération avec AfricaCERT et INTERPOL. L’agence a par ailleurs organisé, en mai 2025, un atelier de cinq jours avec le FIRST (Forum of Incident Response and Security Teams) à Yaoundé, dans la perspective d’une adhésion à ce réseau mondial des CIRT.

Ce que l’Observatoire n’a trouvé, ni sur les supports publics de l’ANTIC et du CIRT, ni dans la presse camerounaise ou spécialisée : la mention d’un exercice national de simulation d’attaque comparable à celui conduit au Gabon — plusieurs administrations mobilisées simultanément, un scénario d’incident, une évaluation formelle des procédures de réaction.

Cette absence dans les sources ouvertes ne permet pas de conclure qu’un tel exercice n’a jamais eu lieu. Il est possible qu’un dispositif existe sans communication publique, ou à une échelle plus restreinte que celle du Gabon. C’est précisément le type de question que l’Observatoire adresse à l’ANTIC plutôt que d’y répondre à sa place.

Ce que cela pose comme question

Le Cameroun a le cadre juridique, l’institution et, depuis 2025, une porte d’entrée vers un réseau international de CIRT. Ce qui reste à documenter publiquement, c’est la capacité opérationnelle mise à l’épreuve : quand a eu lieu le dernier exercice de simulation multi-administrations, sous quelle forme, avec quel bilan rendu public ?

Ce n’est pas une critique — c’est le type de donnée que l’Observatoire recense précisément parce qu’elle manque au débat public camerounais sur la cybersécurité, aujourd’hui dominé par les chiffres de sinistralité (plaintes, pertes financières) plutôt que par les mesures de préparation.

Méthode et sources

Les faits gabonais reposent sur cinq comptes rendus de presse concordants, publiés entre le 11 et le 14 septembre 2026. Le volet camerounais s’appuie sur les pages publiques de l’ANTIC et du CIRT camerounais, ainsi que sur une recherche de presse en français et en anglais ; l’absence de mention d’un exercice national n’est pas présentée comme une preuve d’absence, mais comme une question ouverte adressée à l’agence.

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