Qui produit l’information sur le réseau camerounais

Infrastructures · Acteurs

Qui produit l’information sur la disponibilité du réseau camerounais ? Cette page ne dresse pas un annuaire : elle examine, pour chaque acteur, ce qu’il publie, sur quel canal, à quelle fréquence — et ce qu’il ne publie pas.

Les fiches sont établies à partir des sources rassemblées dans Ce que l’on sait des coupures et suivent les règles de Sources et méthode. Elles seront actualisées à mesure que de nouveaux documents sont publiés — ou que leur absence se confirme.

01

Le régulateur

Agence de Régulation des Télécommunications (ART)

Établissement public. Direction générale : M. Philémon Zo’o Zame ; direction générale adjointe : M. Zourmba Aboubakar, tous deux nommés par décret présidentiel. Siège : Immeuble ART, boulevard du 20 mai 1972, Yaoundé.

Rôle dans la chaîne
Seule institution investie d’une mission de mesure et de contrôle de la qualité de service. Sanctionne les manquements des opérateurs et diligente les audits techniques.
Ce qu’elle publie
Observatoires annuelsCommuniquésDécisions de sanctionAppels d’offresÉtudes & enquêtes

  • Des observatoires annuels du marché, comportant les données physiques du réseau de transport transmises par l’opérateur.
  • Des décisions de sanction chiffrées : 6 milliards FCFA en mai 2023, 2,6 milliards en juillet 2025.
  • Des communiqués qualitatifs sur la dégradation du service, sans données associées.
Ce qu’elle a dit d’elle-même
Dans son observatoire 2024, à propos des données du réseau de transport : « le constat est celui de la stagnation car depuis 2021, les informations fournies par l’Opérateur sur ledit réseau sont exactement les mêmes ». Le régulateur signale qu’il reçoit des données figées depuis cinq ans, sans en tirer de conséquence publique.
Ce qu’elle ne publie pas

  • Aucun indicateur chiffré de qualité de service sur 2023-2026 : ni taux de coupure, ni taux de réussite d’appel, ni durée d’indisponibilité, ni débit mesuré. Ses observatoires définissent le « taux de coupure » au glossaire sans jamais en donner la valeur.
  • Aucune statistique de coupures depuis octobre 2018.
  • Aucun résultat de l’audit du réseau national de fibre optique, lancé en mai 2025 pour 350 millions FCFA avec un délai de six mois.
  • Aucune ventilation par motif des plaintes d’abonnés.
  • Les périodes couvertes par ses contrôles ne sont pas systématiquement précisées : les sanctions de juillet 2025 portent sur des contrôles d’avril-mai 2024, soit quatorze mois d’écart.

Disponibilité de la source. Le site art.cm s’est révélé injoignable en milieu de journée le 28 août 2026, puis accessible le soir même. Un observatoire qui documente la disponibilité des réseaux se doit de noter aussi celle des sources publiques dont il dépend.

02

L’opérateur d’infrastructure

Cameroon Telecommunications (Camtel)

Opérateur public historique. Direction générale : Mme Judith Yah Sunday épouse Achidi. Concessionnaire du réseau national de transport en fibre optique, qu’il revend à ses concurrents sur le marché de détail.

Rôle dans la chaîne
Position centrale et singulière : Camtel exploite la dorsale nationale, gère les stations d’atterrissement des câbles sous-marins, et vend la capacité à MTN et Orange — qui sont simultanément ses clients et ses concurrents. Toute coupure sur son réseau affecte l’ensemble du marché, ainsi que le Tchad et la République centrafricaine, qui transitent par le Cameroun.
Ce qu’elle publie
CommuniquésMagazine hebdomadaireXYouTubeLinkedIn

  • Des bilans annuels agrégés : plus de 1 000 cas de sabotage en 2024, 36 agents radiés la même année pour infractions diverses.
  • Des communiqués de crise attribuant les perturbations au vandalisme, aux travaux publics et aux aléas énergétiques.
  • Des chiffres d’infrastructure — longueur de la dorsale, capacité cumulée — non audités.
Une particularité de canal
Sa communication réelle passe par X et YouTube, non par son site institutionnel. Lors du suivi du Forum sur la gouvernance de l’Internet d’août 2026, camtel.cm est resté figé au 3 juillet, tandis que l’entreprise publiait sur les réseaux sociaux. Une veille fondée sur les seuls sites institutionnels est structurellement en retard.
Ce qu’elle ne publie pas

  • Aucune série datée de coupures : les chiffres sont annuels, globaux et invérifiables.
  • Aucune méthodologie de comptage des actes de sabotage, ni distinction entre vandalisme avéré et cause supposée.
  • Aucun bilan pour 2025 ni 2026 équivalent à celui de 2024.
  • Aucune donnée de durée d’indisponibilité ni de nombre d’abonnés affectés.
  • Des chiffres d’infrastructure contradictoires : 15 812 km annoncés le 19 septembre 2024, 12 000 km six jours plus tard, quand le régulateur retient 8 743 km.

Un chiffre qui éclaire tous les autres. Selon la Chambre des comptes, dans un rapport publié en juin 2024, Camtel n’exploite que 16 % des capacités cumulées de ses quatre câbles sous-marins — dont 92 % pour le seul NCSCS, saturé, et 6 % pour SAIL. La redondance existe sur le papier, elle manque en capacité disponible : c’est pourquoi une avarie se ressent immédiatement alors même que le pays dispose de plusieurs câbles.

03

Les opérateurs de détail

MTN Cameroon

Filiale du groupe sud-africain MTN. Direction générale : Mme Mitwa Ng’ambi. Client de Camtel pour la capacité de transport.

Ce qu’elle publie
Communiqués de criseEntretiens presse

  • Des chiffres courts, datés et segmentés, produits en situation de conflit : hausse de plus de 40 % des coupures et de plus de 30 % du temps de résolution en septembre 2024 ; plus de deux coupures par jour en août 2024.
Le contraste avec la maison mère
Le groupe MTN chiffre précisément l’impact des coupures de fibre en Côte d’Ivoire dans ses résultats annuels 2024 — un recul de 8,3 % du chiffre d’affaires de service. Il ne dit rien du Cameroun. Le groupe sait donc produire cette mesure lorsqu’il le juge utile.
Ce qu’elle ne publie pas

  • Aucune série continue : les chiffres n’apparaissent qu’en période de crise, puis cessent.
  • Aucune méthodologie, aucun décompte vérifiable.
  • Aucune déclaration chiffrée en 2025 ni en 2026.

Orange Cameroun

Filiale du groupe Orange. Client de Camtel pour la capacité de transport.

Ce qu’elle publie
Communiqués de crise

  • Un décompte daté et localisé : quinze coupures entre le 1er et le 16 février 2025, dans six régions sur dix.
Une contradiction non tranchée
L’incident de Zoétélé du 14 février 2025 figure dans son décompte ; Camtel affirme que ni elle ni MTN n’ont été affectées et que l’incident relève du dernier kilomètre d’Orange. Deux versions incompatibles d’un même événement daté, sans preuve technique publique de part et d’autre, et sans qu’aucune autorité n’ait tranché.
Ce qu’elle ne publie pas

  • Aucune donnée hors période de crise.
  • Le groupe Orange ne mentionne pas le Cameroun sur ce sujet dans ses documents d’enregistrement universel 2023, 2024 et 2025.

Nexttel

Troisième opérateur mobile du pays.

Ce qu’on en sait
Sanctionné à hauteur de 1,6 milliard FCFA par le régulateur en mai 2023 pour manquements de couverture et de qualité — le deuxième montant après Orange.
Ce qu’il ne publie pas

  • Rien. Aucune déclaration publique sur les coupures ou la qualité de service n’a été identifiée sur l’ensemble de la période 2023-2026. Ce silence complet, chez un opérateur sanctionné, est en soi un fait documentaire.

04

Les acteurs qu’on oublie

Le débat public se limite au triangle régulateur–Camtel–opérateurs. Trois autres catégories pèsent pourtant sur la disponibilité du réseau, et publient parfois davantage.

Les bailleurs du Central African Backbone

Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne, aux côtés des États de la CEMAC. Programme lancé en 2007, environ 273 millions de dollars, dont une composante camerounaise de 916 km de fibre en cinq liaisons prioritaires.

Pourquoi ils comptent
Parce qu’un financement public international s’accompagne d’obligations de reporting. Leurs rapports d’exécution donnent les kilomètres effectivement posés, les retards et les réaffectations de crédits — souvent avec plus de précision que les sources nationales.
Ce qu’ils publient
Rapports d’exécutionDocuments de projet Accessibles publiquement, en anglais le plus souvent, et rarement exploités par la presse locale.

GITGE — Guinée équatoriale

Gestionnaire d’infrastructures de télécommunications de Guinée équatoriale. Propriétaire du câble Ceiba-2.

Pourquoi il compte
L’un des cinq câbles atterrissant au Cameroun ne lui appartient pas. Ceiba-2, inauguré le 4 juin 2018, relie Malabo et Bata à Kribi sur 400 km ; GITGE a signé un contrat de 18 milliards FCFA pour se raccorder à la station de Kribi. Camtel n’exploite donc que quatre des cinq câbles — ce qui explique les décomptes divergents que l’on rencontre dans la presse.

AFR-IX Telecom

Opérateur basé à Barcelone, déjà implanté au Cameroun via une filiale locale. Porteur du système Medusa.

Pourquoi il compte
Medusa Africa, financé par l’Union européenne, prévoit un atterrissement à Kribi et une mise en service annoncée pour 2028. Le protocole d’accord a été transmis à la Présidence de la République en décembre 2025 ; le coût pour la partie camerounaise est évalué à 32,8 milliards FCFA. Déclaré — l’information provient de documents consultés par un média, non d’un acte publié. Rien n’est signé ni engagé à ce jour.

05

Bilan de transparence

Acteur Publie Ne publie pas Régularité
ART Observatoires annuels, sanctions chiffrées, communiqués qualitatifs Tout indicateur de qualité de service ; les résultats de l’audit de 2025 Annuelle pour l’observatoire, irrégulière pour le reste
Camtel Bilans annuels agrégés, communiqués de crise Séries datées, méthodologie, bilans 2025 et 2026 Réactive, liée aux controverses
MTN Cameroon Chiffres courts et datés en période de crise Séries continues ; rien depuis 2024 Épisodique
Orange Cameroun Décomptes localisés en période de crise Données hors crise Épisodique
Nexttel Tout Nulle
Bailleurs CAB Rapports d’exécution détaillés Périodique, liée aux décaissements

Ce que ce tableau met en évidence. Les acteurs qui publient le plus régulièrement sur l’état du réseau camerounais ne sont ni le régulateur, ni les opérateurs, mais les bailleurs internationaux — parce qu’ils y sont contraints par leurs propres règles. Et l’acteur qui devrait mesurer est celui qui publie le moins de chiffres.

Méthode. Chaque élément de ces fiches est issu d’une source datée, listée dans Ce que l’on sait des coupures. Les règles de traitement sont exposées dans Sources et méthode.

Mise à jour. Ces fiches sont réexaminées à chaque publication significative d’un des acteurs. Une correction, une précision ou un droit de réponse : mon@obs-cc.org

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