Comment Internet arrive au Cameroun

Infrastructures · Rubrique Réseaux

Quand la connexion tombe dans plusieurs régions en même temps, ce n’est presque jamais la faute d’un seul opérateur. Voici, carte et schémas à l’appui, comment le Cameroun est relié au reste du monde — et pourquoi cette chaîne est fragile.

5câbles sous-marins relient le Cameroun au reste du monde : SAT-3/WASC, WACS, NCSCS, SAIL et Ceiba-2.
3villes seulement accueillent ces câbles à leur arrivée sur la côte : Limbe, Douala et Kribi.
12 000 km +de fibre optique forment la dorsale nationale gérée par Camtel. Les estimations publiées vont de 12 000 à près de 16 000 km.

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Le chemin complet, d’un bout à l’autre

Schéma en cinq niveaux : l’Internet mondial, trois points d’atterrissement de câbles sous-marins (Limbe, Douala, Kribi), la dorsale nationale en fibre optique gérée par Camtel, les opérateurs et fournisseurs d’accès, puis les utilisateurs finaux. Des marqueurs signalent les points de rupture les plus fréquents.
Schéma 1 — Le parcours d’Internet jusqu’à l’utilisateur camerounais. Source : OBS-CC, d’après les données publiques Camtel, MINPOSTEL et Submarine Networks.

L’image à retenir

Les câbles sous-marins sont le port : c’est par là que la marchandise entre dans le pays. La dorsale nationale en fibre optique est l’autoroute qui la transporte vers les régions. Les opérateurs sont les transporteurs qui livrent jusqu’à chez vous. Si l’autoroute est coupée, changer de transporteur ne change rien : personne ne passe.

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Où les câbles touchent terre

Cinq câbles, mais seulement trois points d’entrée sur toute la côte. C’est cette concentration qui rend l’ensemble sensible.

Carte de l’Afrique de l’Ouest et centrale. Le Cameroun est mis en evidence. Trois stations d’atterrissement, Limbe, Douala et Kribi, sont reliees par cinq cables sous-marins vers l’Europe, Lagos, la Guinee equatoriale et le Bresil.Carte des cinq câbles sous-marins qui relient le Cameroun : WACS à Limbe, SAT-3/WASC à Douala, NCSCS, SAIL et Ceiba-2 à Kribi
Schéma 2 — Les cinq câbles sous-marins qui relient le Cameroun et leurs trois points d’arrivée sur la côte. Source : OBS-CC, d’après Submarine Networks et MINPOSTEL.
SAT-3 / WASC
Arrive à Douala
À quoi il sert
Relier l’Afrique de l’Ouest à l’Europe le long de la côte atlantique.
Particularité
L’un des plus anciens câbles de la région ; sa portion terrestre a déjà été sectionnée lors d’actes de vandalisme.
WACS
Arrive à Limbe
À quoi il sert
Grand axe reliant l’Afrique du Sud à l’Europe, avec escale au Cameroun.
Particularité
Câble de forte capacité : il absorbe une part importante du trafic international du pays.
NCSCS
Arrive à Kribi
À quoi il sert
Liaison directe Kribi–Lagos, propriété de Camtel.
Particularité
C’est le câble le plus sollicité du pays, proche de la saturation. Une panne s’y ressent immédiatement.
SAIL
Arrive à Kribi
À quoi il sert
Environ 6 000 km jusqu’à Fortaleza, au Brésil : la première liaison directe entre l’Afrique et l’Amérique du Sud.
Particularité
Très large capacité, encore faiblement utilisée — une réserve stratégique en cas d’incident sur les autres câbles.
Ceiba-2
Arrive à Kribi
À quoi il sert
Relier le Cameroun à la Guinée équatoriale — Malabo et Bata — sur 400 km, et par extension au réseau régional. En service depuis le 4 juin 2018.
Particularité
Seul des cinq câbles à ne pas appartenir à Camtel : il est la propriété de GITGE, gestionnaire d’infrastructures de Guinée équatoriale, qui s’est raccordé à la station de Kribi. Combiné à SAIL, il ouvre une route alternative vers les Amériques.
Et demain ?
Projets annoncés

Medusa Africa. Branche ouest-africaine du système méditerranéen Medusa, portée par l’opérateur AFR-IX Telecom et financée par l’Union européenne, avec un atterrissement prévu à Kribi et une mise en service annoncée pour 2028. Le protocole d’accord a été transmis à la Présidence de la République en décembre 2025 ; l’engagement de l’État n’est pas formalisé à ce jour. Le coût pour la partie camerounaise est évalué à 32,8 milliards de FCFA. À la différence des liaisons existantes, qui relient pour l’essentiel deux pays, Medusa offrirait une connectivité multidirectionnelle vers l’Europe, le Maghreb et l’Afrique australe — ce qui en fait la solution de remplacement envisagée pour le SAT-3, mis en service en 2002.

Source : Investir au Cameroun / Agence Ecofin, 10 décembre 2025.

Pourquoi c’est important
Chaque câble supplémentaire réduit la dépendance à un seul point d’entrée. Mais un nouveau câble ne protège pas la dorsale terrestre, qui reste le maillon le plus exposé.

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Qui a construit la dorsale, et qui la paie

La dorsale camerounaise n’est pas un projet purement national. Elle s’inscrit dans un programme régional financé par des bailleurs publics — ce qui a deux conséquences : des documents d’exécution existent, et le réseau dépasse les frontières du pays.

Un programme régional

Le Central African Backbone, lancé en 2007, associe les États de la CEMAC à la Banque mondiale, à la Banque africaine de développement et à l’Union européenne, pour environ 273 millions de dollars. La composante camerounaise porte sur 916 km de fibre répartis en cinq liaisons prioritaires.

Le Cameroun, pays de transit

Le Tchad rejoint les câbles sous-marins en passant par la fibre camerounaise depuis 2015. Une coupure au Cameroun ne prive donc pas seulement les Camerounais : elle peut atteindre N’Djamena. La Centrafrique se trouve dans une situation comparable.

Une exécution documentée

Parce que des bailleurs publics financent le programme, des rapports d’exécution sont publiés : kilomètres effectivement posés, retards, réaffectations de crédits. Ce sont les sources les plus précises sur l’avancement réel du réseau.

En mai 2025, l’accès Internet du Tchad a été suspendu par Camtel pour impayés de son partenaire tchadien. L’épisode illustre une cause de coupure qui n’a rien de matériel : la décision commerciale. Le Tchad négocie depuis une interconnexion alternative pour réduire sa dépendance.

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Ce qui se passe quand un câble est coupé

Le réseau est conçu pour rerouter le trafic. Mais rerouter n’est pas remplacer : les liens de secours se saturent, et certaines zones se retrouvent isolées.

Une page web consultée à Garoua fait un voyage en cinq étapes. Chaque étape dépend entièrement de la précédente.

Quatre causes, à ne pas confondre

Une coupure n’est pas forcément un acte malveillant, ni même un incident matériel. Distinguer les causes est indispensable pour comprendre le phénomène — et pour y répondre correctement.

Vol et vandalisme

Ouverture des chambres techniques, section des câbles, revente des matériaux. Camtel a fait état de plus d’un millier d’actes de sabotage sur le territoire en 2024, et a lancé par communiqué un appel public à la protection de cette infrastructure. Sources : Camtel, magazine hebdomadaire du 22 février 2025, cité par Investir au Cameroun le 25 février 2025 ; Camtel, communiqué du 30 septembre 2024.

Travaux et voirie

Terrassements, routes, chantiers de bâtiment : c’est partout dans le monde la première cause de coupure des câbles terrestres. Sans plan précis des tracés ni coordination des chantiers, l’engin coupe sans le savoir.

Technique et énergie

Panne sur un câble sous-marin, avarie en mer, ou simple coupure d’électricité sur un nœud technique. Ces incidents ne relèvent d’aucune malveillance mais produisent le même effet pour l’usager.

Différend commercial

Une liaison peut aussi être interrompue par décision d’un opérateur : litige de facturation, fin de contrat, désaccord entre partenaires. La suspension du transit tchadien en mai 2025 en est l’exemple le plus net. Aucun câble n’est endommagé, mais l’effet pour l’usager est identique.

Notre règle de lecture. Un incident annoncé comme « acte de vandalisme » par un opérateur reste, tant qu’aucune constatation indépendante n’existe, une cause alléguée et non une cause établie. L’OBS-CC documente les faits vérifiables — date, durée, régions touchées — et rapporte les déclarations des acteurs comme des déclarations.

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Et concrètement, on fait quoi ?

Entreprises et banques

  • Souscrire chez deux opérateurs qui n’empruntent pas le même chemin physique — sinon la redondance est fictive.
  • Prévoir un lien de secours d’une autre nature : liaison satellite, 4G d’un troisième opérateur.
  • Tester le mode dégradé : que se passe-t-il si le siège perd Internet pendant 48 heures ?

Administrations

  • Identifier les services publics inutilisables hors ligne et prévoir une procédure papier de repli.
  • Coordonner les chantiers publics avec les gestionnaires de réseau avant tout terrassement.
  • Intégrer la disponibilité du réseau aux plans de continuité d’activité, au même titre que l’électricité.

Citoyens

  • Signaler une chambre technique ouverte ou un câble apparent : c’est une infrastructure d’intérêt général.
  • Comprendre que changer d’opérateur ne résout rien quand la panne vient de la dorsale partagée.
  • Conserver un moyen de paiement alternatif au mobile money en période de perturbation.

Glossaire

Câble sous-marin
Câble de fibre optique posé au fond de la mer, qui transporte l’essentiel du trafic Internet entre les continents. Rien à voir avec les satellites, qui n’assurent qu’une part marginale du trafic.
Point d’atterrissement
Le lieu, sur la côte, où un câble sous-marin sort de l’eau et se raccorde au réseau terrestre. Au Cameroun : Limbe, Douala et Kribi.
Dorsale (ou backbone)
Le réseau de fibre optique à grande capacité qui traverse le pays et relie les régions entre elles. C’est l’autoroute du réseau national.
Transit international
Le fait, pour un pays, d’acheminer son trafic Internet par le réseau d’un pays voisin, faute d’accès direct aux câbles sous-marins. Le Tchad transite par le Cameroun.
Redondance
Le fait de disposer de plusieurs chemins différents pour la même liaison, afin qu’une coupure sur l’un n’interrompe pas le service.
Capacité et saturation
Chaque câble a une limite. Quand un câble très chargé tombe, les autres ne peuvent pas toujours absorber son trafic : le réseau ralentit pour tout le monde.

Note méthodologique. Cette page a une vocation pédagogique. Elle décrit une architecture technique et ne porte aucune appréciation sur la responsabilité des acteurs dans les incidents survenus. Les opérateurs présents au Cameroun expriment publiquement des positions divergentes sur l’origine des coupures ; l’OBS-CC ne tranche pas ce débat et se limite à documenter les faits vérifiables.

Sources principales

    • MINPOSTEL — Nigeria–Cameroon Submarine Cable System (NCSCS)
    • Submarine Networks — fiches SAT-3/WASC, WACS, NCSCS, SAIL, Ceiba-2
    • Camtel — communications publiques sur le réseau de transport national
    • Agence de Régulation des Télécommunications (ART) — audit du réseau de transport
  • Banque mondiale, Banque africaine de développement et MINPOSTEL — documents du programme Central African Backbone
  • Presse spécialisée : Digital Business Africa, Investir au Cameroun, Business in Cameroon, Afrique IT News
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